Beauval: le bébé panda va-t-il réveiller la « pandamania »?

L'arrivée des pandas géants à Beauval en 2012 avait fait bondir la fréquentation du zooparc. En sera-t-il de même avec la naissance des bébés en 2017? (Photo: Marie Simon)
L’arrivée des pandas géants à Beauval en 2012 avait fait bondir la fréquentation du zooparc. En sera-t-il de même avec la naissance des bébés en 2017? (Photo: Marie Simon)

Les bébés pandas de Yuan Zi et Huan Huan du zooparc de Beauval sont nés. Malheureusement, seul l’un d’entre eux a survécu, comme souvent dans les naissances gémellaires de cette espèce. Le bébé panda du mois d’août, « baptisé » d’ici quelques mois, va-t-il booster l’affluence fin 2017 et en 2018?

Le carnet rose de panda.fr va pouvoir s’enrichir d’une nouvelle naissance. Le zooparc de Beauval a connu dans la nuit du samedi 4 août au dimanche 5 août la naissance des jumeaux de Yuan Zi et Huan Huan. Le premier-né n’a malheureusement pas survécu, trop faible, mais le second-né se porte bien. C’est un petit mâle de quelque 140 grammes…

Ce sont les 19e et 20e naissances de pandas géants en captivité, d’après la liste établie sur son site par Jérôme Pouille, passionné de cet animal rare et symbole de la protection de l’environnement. Pour les graphiques qui suivent, j’ai retenu les données récoltée de 2005 à ce jour. Depuis cette date, on observe un pic en 2016, avec 60 naissances enregistrées: une année record à laquelle le couple de Beauval n’a pas participé: la grossesse de Huan Huan n’était que nerveuse.

La Chine monopolise 89% des naissances

Cette fois, c’est bon, les échographies ont confirmé la grossesse de Huan Huan. Un événement fortement médiatisé… Si les images venant des nurseries en Chine montrent de nombreux bébés pandas accompagnés de soigneurs déguisés en pandas, ces scènes sont bien plus rares hors du pays d’origine de cet animal. La reproduction encadrée se déroule dans des bases spécialisées en Chine, contrairement aux établissements hors de Chine qui sont des zoos auxquels Pékin loue des couples. Les seules bases de Chengdu ou de Ya’an Bifengxia concentrent plus de la moitié des naissances enregistrées depuis 2005. Au point que les données chinoises écrasent celles des autres pays. L’outil que j’utilise pour ce post de blog, Datawrapper, refuse par défaut de mettre les labels sur les autres pays. Leurs tranches sont considérées comme trop fines sur le camembert ci-dessous…

Et les naissances hors de Chine?

Considérons donc les naissances hors de Chine pour mesurer le phénomène qui attend Saint-Aignan, dans le Loir-et-Cher… Sur les 22 zoos internationaux qui accueillent des pandas loués par Pékin, avant Beauval, seuls 13 établissements répartis dans 9 pays avaient connu la « pandamania » depuis 2005. En Europe, l’Espagne, l’Autriche et la Belgique ont déjà connu le phénomène. Mais c’est au Japon et aux Etats-Unis qu’on a enregistré le plus de naissances: 17 dans chaque pays depuis 2005.

Des jumeaux pandas à Beauval au mois d’août

Les bébés pandas du Loir-et-Cher sont nés en août… Un grand classique qui respecte le rythme des naissances de bébés pandas en captivité, souvent concentrées de juin à septembre. Dans la nature, en Chine, où la population s’établit à un peu plus de 1800 spécimens d’après l’UICN, ce créneau se réduit même à août-septembre.

Mais à Beauval, l’impatience se doublait d’une certaine appréhension. Car c’est une naissance gémellaire. Encore plus rare, encore plus risquée. Sur 15 naissances gémellaires dans des zoos hors de Chine depuis 2005, seuls 9 “binômes” sont vivants à terme. L’un des deux, souvent, meurt rapidement après la naissance, comme le premier-né de Huan Huan cette nuit. Dans les 6 autres cas, seul un des jumeaux a survécu. Si on prend au global, naissances chinoises comprises, le taux de mortalité des pandas est de 14% dans le cas de naissances gémellaires, contre 9% pour les naissances uniques.

A noter que le total des bébés pandas nés de grossesses multiples est impair ci-dessus… car la Chine a connu trois cas de triplés depuis 2013. Impossible de comparer ce taux à celui des pandas nés dans leur milieu naturel, faute de données précises, mais on sait que la mère a tendance à ne s’occuper que de l’un des petits, au dépens de l’autre. A Beauval, un roulement était prévu, pour que Huan Huan ne néglige aucun des deux bébés. Même si elle n’aura finalement à prendre soin que d’un des bébés, son attitude sera scrutée par Beauval. Rendez-vous dans quelques mois pour le “baptême” du petit et la présentation officielle au public. En attendant, des écrans géants permettent de suivre le moindre geste du bébé… pendant que son père mange du bambou.

Le bébé panda attirera-t-il vraiment les visiteurs?

A partir de la naissance ou plutôt de la date à laquelle le bébé sera visible, Saint-Aignan doit-il s’attendre à une affluence infernale comme au mois de mai dernier (pour des raisons indépendantes des pandas)? Beauval se prépare en tout cas… La folie pourrait durer 3 ans : à cette échéance, en 2020, le jeune panda devra retourner en Chine, dont il reste la propriété. Deux ans plus tard, en 2022, les adultes pourraient à leur tour être rappelés par les Chinois à l’issue de leur « prêt » à Beauval, à moins que le contrat ne soit reconduit, comme dans certains cas avec d’autres zoos.

En attendant, je me suis penchée sur quelques cas hors Chine pour voir si une tendance se dégageait. A priori, il semble que l’impact de la naissance de pandas géants soit moindre que celui de l’arrivée des adultes loués par la Chine. Comme si on pouvait s’habituer à tant de mignonceté en noir et blanc…

Dans les coulisses

J’ai commencé par récupérer les données de panda.fr, site référence tenu par un passionné, Jérôme Pouille. Dans ma vie antérieure à L’Express, je l’avais déjà sollicité. Cette fois, j’ai utilisé ses tableaux de naissances en captivité établis depuis 2007 complétés des données glanées depuis 2005 sur son site. Nettoyer, balayer: il y avait un peu de travail, notamment pour défusionner les cellules concernant les naissances gémellaires. Puis sortir les années, les mois, les pays, le statut vivant ou mort-né, etc.

Pour la partie concernant la fréquentation des zoos, c’est plus compliqué… Je n’ai trouvé aucun passionné de zoo qui ait tenu de registre! Du coup, je me suis concentrée sur les établissements hors de Chine qui ont enregistré des naissances de panda en captivité sur les 12 dernières années. Il n’y en a pas tant que ça. Je suis allée voir leurs bilans annuels sur leur site et les chiffres donnés dans la presse, pour glaner le nombre de visiteurs chaque année. Tous ne donnent pas ces chiffres, et ceux qui les donnent ne fournissent pas toujours toutes les années. Beauval est bon élève sur ce point, ainsi que Toronto, Washington DC, Madrid et Brugelette notamment. Il faut alors regarder si l’arrivée des pandas adultes puis les naissances coïncident avec une augmentation de la fréquentation.

Pour affiner, il faudrait avoir des données mensuelles. J’en ai trouvé de très parcellaires, c’était insuffisant pour en tirer des conclusions… Et il faudrait aussi croiser avec la météo locale, qui peut aussi expliquer une affluence surprenante (comme à Toronto à l’automne 2016), ainsi que le calendrier des vacances ou des jours fériés, les autres événements organisés ou les naissances de bébés d’autres espèces qui pourraient également expliquer un pic d’intérêt.

Je géocode, tu géocodes, il géocode…

Côté outil, j’ai utilisé Datawrapper pour réaliser tous les graphiques de ce post de blog. Cela faisait longtemps que je ne l’avais pas pratiqué, mais il est toujours aussi simple et sobre, c’est plaisant. J’ai découvert que son outil de carte fonctionnait bien aussi… à condition de charger longitude et latitude des points. Il a plusieurs fois buggué sur Atlanta, ne me demandez pas pourquoi. Jusqu’à ce que j’utilise,le module Geocode by Awesome Table sur ma base dans Spreadsheet pour générer les coordonnées et les fournir à Datawrapper. J’aurais adoré rester en noir et blanc pour garder le code couleur des pandas… mais j’ai finalement préféré le vert bambou, moins sinistre!

Globalement, la base n’est pas géante (contrairement au panda, vous l’avez?). Ce processus essentiellement manuel n’a donc pas été trop fastidieux. En parallèle des deux dossiers data sur lesquels je travaille pour Le Figaro (teasing intense), cette parenthèse panda avait donc son charme!

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