Comment établir le « taux d’attaques » de requins à La Réunion?

Les "Dents de la Mer" ont fait la réputation du grand requin blanc. Il est en effet l'une des espèces de requins souvent impliquées dans les attaques sur des humains. Ici, un grand requin blanc photographié en Baja California (Mexique) par Elias Levy.
Les « Dents de la Mer » ont fait la réputation du grand requin blanc. Il est en effet l’une des espèces souvent impliquées dans les attaques sur des humains. (Photo Flickr/Elias Levy)

Mi-février, un jeune surfeur était tué par un requin à La Réunion, suscitant une sortie de Kelly Slater sur le « taux d’attaques » de squales dans l’île. Un taux qui serait pire qu’ailleurs. Mais comment le calculer? Challenge accepted…

« La Réunion a besoin de réaliser des sérieuses captures (de requins, ndlr), et cela doit être mis en place quotidiennement. Il y a un déséquilibre évident dans l’océan là-bas. Si le monde entier avait ces taux d’attaques, personne ne continuerait à jouir de l’océan et des millions de personnes mourraient littéralement de cette manière. Le gouvernement français doit trouver une solution dès maintenant. 20 attaques depuis 2011!? »

C’est en ces termes belliqueux que le champion de surf Kelly Slater a réagi à la mort d’un bobyboadeur de 26 ans à La Réunion, le 21 février dernier. Il s’agissait en effet de la 21e attaque depuis 2011, début de la « crise requin » qui perdure depuis. Notez que le sportif est revenu sur la première partie de sa citation, lui qui a aussi déclaré par le passé: « Ce qui me fait peur, c’est un océan sans requins […], un océan qui se meurt. » Seulement entre la défense de l’environnement et la douleur partagée par une communauté trop souvent endeuillée, la seconde prend parfois le dessus.

Un « taux d’attaques » de requins?

C’est l’expression « taux d’attaques », employée par Kelly Slater, qui m’a donné envie de me plonger dans les données concernant les attaques de requin, à la Réunion et ailleurs. De quoi parle-t-il exactement? Comment établir ce taux? Par rapport à quoi, à qui?

Les premières données mentionnées dans la presse que j’ai pu trouver sont celles de l’International Shark Attack File (ISAF). Le site propose des visualisations… mais pas d’accès aux données. En attendant leur réponse à mon email, heureusement, une autre base de données existe: celle du Global Shark Attack File (GSAF). On y trouve un peu de tout, jusqu’à l’heure de l’attaque ou la taille de certains spécimens qui ont dévoré des victimes de catastrophes maritimes dans les années 1890. Son étude a donc supposé pas mal de nettoyage. Merci Open Refine, utilisé en plus des fonctions de Google Spreadsheet et d’Infogr.am pour la partie visualisation.

Petit état des lieux

Pour commencer, j’ai restreint la base aux données postérieures à 1950 pour obtenir une première image de l’évolution des attaques dans le monde « moderne ». J’ai filtré le tout par régions du monde plutôt que par pays. Il m’a semblé plus pertinent de comparer La Réunion à la Floride que la France aux Etats-Unis, en la matière. Et je ne mentionne pas la Floride par hasard. La Réunion en effet dans les 20 premiers « spots » où les requins mordent le plus… mais loin derrière cet Etat américain. Dans ce « top 20 », la Réunion se distingue toutefois par le taux de mortalité de ces attaques.

 

Dans un prochain épisode, il faudrait se pencher sur les espèces de requins impliquées et le lien éventuel avec ce différentiel de mortalité. Mais ne nous égarons pas. Au-delà de ce premier état des lieux, mon but est de trouver un « taux d’attaques » de requins à La Réunion, pour répondre à Kelly Slater… Sur quelle base?

Par rapport à quoi calculer ce « taux d’attaques »?

Au nombre de surfeurs?

Les surfeurs sont bien les premières victimes des requins. Loin devant les idiots blessés en embrassant un requin ou en le tenant pour prendre un selfie, cette communauté représente grosso modo un quart des victimes. Ce qui justifierait de se concentrer sur eux pour établir un taux d’attaques. Sauf que des chiffres trop variables circulent, estimant le nombre total de surfeurs dans le monde entre 5 et 23 millions. 

J’ai contacté quelques organismes pour obtenir des données plus précises sur le nombre de surfeurs ou le nombre de clubs de surf par région ou pays. Voici la réponse que Sean Smith, directeur exécutif de la Surf Industry Manufacturers Association (SIMA) m’a renvoyée:

Trouver des données fiables sur les surfeurs dans le monde va être très difficile. Notre organisation dispose de chiffres qui ne concernent que les Etats-Unis. Après une étude récente, nous pouvons affirmer qu’il y a 2,6 millions de surfeurs aux Etats-Unis. Pour ce qui est des clubs aux Etats-Unis ou des surfeurs ailleurs dans le monde, je ne peux malheureusement pas vous aider.

A la population?

Voyons plus large… en établissant ce taux par rapport à la population de ces régions. Gardons les 15 régions du monde les plus marquées par ces attaques depuis l’an 2000. La Réunion occupe la 13e place de ce nouveau classement. J’ai croisé le nombre d’attaques par région et par an avec les données sur la population de ces régions depuis 2000, année par année (ou au rythme des recensements nationaux quand les chiffres n’étaient pas annuels). Si l’on considère alors le « taux d’attaques » pour 1 million d’habitants, c’est Hawaii qui sort du lot…

Petit problème: tous les habitants d’une région ne vont pas faire trempette. Cet indicateur ignore aussi les touristes venus dans ces régions, bien que tous ne viennent pas pour surfer ou plonger. Bref, il serait bon d’explorer une autre piste complémentaire.

Au littoral?

J’ai alors pensé au littoral concerné par ces incidents. Toujours sur ces 15 régions du monde, j’ai récolté les données officielles pour la France, les Etats-Unis et l’Australie, et procédé à une estimation pour le Brésil et l’Afrique du Sud, faute de chiffres officiels. Objectif: établir un autre taux exprimé en « une attaque pour combien de kilomètres de littoral ». Et le résultat rebat encore les cartes!

A un autre critère?

Si vous avez d’autres idées d’indicateurs permettant d’établir ce « taux d’attaques », je suis preneuse. Et je suis également à l’écoute, si vous avez une recette de potion magique pour mixer ces différents indicateurs qui, pris séparément, donnent des résultats très variables.

D’autres angles sur les attaques de requins

Pour exploiter encore plus ces données, on pourrait aussi décortiquer la proportion des attaques provoquées/non provoquées, nettoyer le fichier pour obtenir des statistiques sur les espèces les plus souvent impliquées (voire la taille du spécimen, parfois mentionnée en mètres ou en pieds), analyser la progression des femmes parmi les victimes depuis les années 1990. On pourrait aussi croiser avec les données sur la pêche aux requins dans le monde, recueillir des données sur les conditions d’observation des squales (nourrissage, cage…), étudier les moyens mis en place pour lutter contre les attaques (drones, filets, interdictions de baignade…), etc. Sur Kaggle, d’autres études circulent. Certains ont par exemple étudié le profil des attaques selon l’hémisphère et le mois. Mais cela n’aurait pas répondu au « défi » posé par l’expression de Kelly Slater.

 

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